mardi 19 juillet 2022

L’iris de Suze (Jean Giono) - Un Roi sans divertissement (Jean Dufaux et Jacques Terpant)

 


Le chant du cygne de Giono est L’Iris de Suze, paru l’année de sa mort. L’écrivain sentait sa fin venir et souhaitait visiblement boucler la boucle. C’est pourquoi on retrouve dans ce roman l’atmosphère de ses premiers écrits, en particulier la « trilogie de Pan » et Le serpent d’étoiles. Ce récit nous conduit sur les chemins de la transhumance jusqu’à l’estive des hautes crêtes du Chiran, au-dessus des gorges du Verdon. Parcours qui s’achèvera dans le village de Quelte, son château et ses locataires marqués par le destin. L’histoire pourrait être simple et linéaire, il n’en est rien. Giono campe un décor où l’atmosphère est à la fois pesante et légère. Dans le cadre des paysages grandioses de la haute Provence, il fait évoluer des personnages aux comportements et motivations qui n’ont rien d’ordinaire : le bandit en fuite Tringlot, le bouvier Louiset, le guérisseur et passionné par les squelettes d’oiseaux Casagrande, le riche maréchal-ferrant Murataure, fou d’automobile, la Baronne et la belle « Absente ». Quelques-uns, moins taiseux que les autres, s’expriment – considérations, confidences, révélations –, tandis que l'essentiel est tu ou laissé en suspens. C’est ainsi que Giono, en habile conteur, égare son lecteur pour mieux le ramener ensuite à l’essentiel. Un grand moment de lecture l’écrivain déploie toute sa poésie.

 


Après avoir adapté des romans de Jean Raspail en BD, le dessinateur Jacques Terpant fait équipe avec le scénariste Dufaux (ils ont déjà signé ensemble Le Chien de Dieu, hommage à Céline, et Nez-de-Cuir, adapté du célèbre roman de La Varende) pour s’attaquer à un livre maître. Grand lecteur de romans policiers, Giono s’est essayé au genre en rédigeant cette sombre histoire au cœur de l’hiver, entre Trièves et Vercors. L’entreprise s’annonçait ardue. Mais, plus qu’une adaptation, c’est un vibrant hommage à Giono, écrivain du terroir, qui nous est proposée. Les auteurs l’imaginent rencontrant ses propres personnages. Terpant se portraiture. Langlois, héros de l’histoire, auparavant mis en scène dans Les récits de la demi-brigade, est remarquablement rendu. Ces ingrédients font de ce travail une réelle réussite.

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