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mardi 19 juillet 2022

Au milieu de l’été, un invincible hiver (Virginie Troussier)

 

Les récits de montagne peuvent être captivants. On pense à Quatre homme sur l’Eiger (John Edward Olsen), à La montagne n’a pas voulu (Saint-Loup), à Tragédie à l’Everest (Jon Krakauer) et à La Montagne nue, (Reinhold Messner) – liste non exhaustive. Il restait à retranscrire l’histoire de l’ascension du pilier du Frêney, en juillet 1961. C’est alors un des derniers problèmes des Alpes, une voie verticale menant au sommet du mont Blanc. Sept hommes partent, parmi lesquels Walter Bonatti et Pierre Mazeaud. Ils ne seront que trois à revenir... Un bel élan de camaraderie brisé net par le retour inimaginable de l’hiver au milieu de l’été. Parce qu’aucun des alpinistes de cette cordée franco-italienne partie avec enthousiasme n’avait imaginé la neige, la glace, les bourrasques et des températures à -30 C° sur cette paroi difficile mais qui, dans un climat favorable, aurait pu se laisser conquérir. Une tragédie habilement mise en scène et restituée avec style par Virginie Troussier, journaliste à Montagnes Magazine.

lundi 15 mars 2021

Push ! (Tommy Caldwell)

 

Voici le palpitant récit d'un homme d'action. Caldwell s'adonne tôt à la pratique de l'escalade, initié par un père qui lui laisse les coudées franches, au risque de faire de son fils un dirtbag, un de ces grimpeurs fauchés pour qui rien d'autre ne compte que traquer la sensation forte. Finalement, le jeune Tommy commence à gagner des compétitions et vit de ses sponsors. Il fixe son QG au cœur du mythique Yosemite où il va fréquenter des individus hors du commun (comme Dean Potter). Mais Caldwell ne se cantonnera pas à cette Mecque de la grimpe. Il roulera sa bosse du côté des montagnes d'Asie centrale où il sera pris en otage avec ses compagnons de cordée par des djihadistes. Plus tard, ce sera la traversée du Fitz Roy en compagnie d'un autre grimpeur d'exception, Alex Honnold. La perte d'un index ne découragera pas notre héros de continuer à aligner les exploits. En particulier avec la première ascension réussie du Dawn Wall, une des parois les plus lisses de la planète. Après sept années de tentative et neuf jours à batailler dans la voie, la victoire est enfin au rendez-vous, et quelle victoire ! Caldwell nous offre 600 pages d'aventures intenses qui donnent envie de mordre dans la vie. Un hymne à la puissance et au dépassement tout à fait bienvenu en ces temps de confinement.

lundi 8 septembre 2014

Gazelles


Les Droites (massif du mont Blanc)


Dernier problème (Michel Angelini)




On a aimé cette BD, fruit d’un professionnel de la montagne, qui montre de surcroît un coup de crayon très sûr. Pour Angelini, la montagne est sombre, il la croque sans économiser le trait, ce qui nous la rend encore plus inquiétante. Surtout lorsqu’il s’agit d’une interminable et verticale face nord faite de glace et de rocher pourri où deux cordées s’affrontent.
On a aussi apprécié que le même, en tant que scénariste, traite le sujet de la montée du nazisme dans les Alpes suisses de 1937 sans le manichéisme de circonstance. (Les méchants ne sont pas forcément ceux qu’on croit.)

Une histoire pleine de suspens et de rebondissements dans une ambiance très « acide lactique ». On en a presque les doigts moites. Un album de très bonne facture. On attend les autres avec impatience.

Dans le massif de Belledonne


vendredi 5 septembre 2014

Rocher Saint-Julien (Drôme)


La réponse des hauteurs (Bernard Amy)



Bernard Amy, physicien, chercheur en sciences cognitives, est aussi alpiniste. Membre actif de Mountain Wilderness, il participe aussi à des revues telles Montagnes Magazine, Vertical ou Altitudes. Dans La réponse des hauteurs, il a rassemblé des nouvelles qu'il y a précédemment publiées au gré des parutions et cette initiative doit être saluée. Amy ne se contente pas de dérouler quelques récits d'ascension, il use de son évidente expérience et de sa connaissance de la montagne pour aller plus loin , et plus haut !, dans l'étude des motivations et des peurs qui poussent l'homme à gagner les sommets. Et si les hauteurs lui donnent une réponse c'est que, déjà, s'est inscrit un dialogue entre elles et lui.
Un beau livre en forme d'hommage aux amoureux des altitudes inviolées ou à conquérir.


L'alpage


L'Homme des hautes solitudes (James Salter)





Initialement paru chez Denoël en 1981, le roman initiatique de James Salter (ancien pilote de l’Air Force et baroudeur devant l’Eternel) est réédité sans avoir pris la moindre ride. Il est vraisemblable que l’Américain se soit inspiré de la vie de Gary Hemming pour camper le personnage de Vernon Rand. Le sauvetage de deux Italiens immobilisés dans la tempête sur les parois de l’Eiger fait en tout cas penser à l’épisode des deux alpinistes allemands prisonniers des Drus en 1966 et qui fit passer le « beatnik des neiges » sous les feux de l’actualité. Hemming meurt d’une balle de revolver, sans doute à la suite d’une soirée trop arrosée vouée au jeu de la roulette russe… Pour Vernon Rand, l’avenir ne semble pas se dessiner très nettement non plus, puisque la fréquentation des hautes solitudes a un prix dans un monde où l’économie et le social sont devenus l’incontournable nécessité. Mais tandis que les autres se rangent ou sont victimes d’accidents qui les condamnent à circuler en fauteuil roulant, Rand persiste à tout sacrifier à sa passion, jusqu’à l’amour que lui vouent ses nombreuses conquêtes féminines. Un romantique en quelque sorte, et pour lequel on éprouve un certain attachement.